
Avant d’en arriver là…
Je me demande, en tant que citoyen-consommateur, si je ne suis pas responsable à mon niveau du bilan carbone de mon appartement, de mon immeuble, de mon quartier, de ma ville, de mon pays...
Mais avec la distance et le temps, je doute. Si les industriels n’abattaient pas par vénalité des milliers d’hectares de forêt tropicale, me sentirais-je coupable de la jolie table basse en bois exotique qui décore mon salon ? Une table en bois de pin des Landes, ça me va très bien... mais j’oubliais, c’est vrai, les forêts des Landes sont ravagées par les tempêtes générées par le réchauffement climatique qui accroît l’intensité et la longévité des cyclones et tempêtes tropicales… qu’allons-nous devenir ?
C’est un des premiers éléments du questionnement qui m’anime sur le réchauffement climatique.
Il faut savoir d’où on part
Mais, en tant que philosophe, je me demande aussi si je ne suis pas responsable de l’existence de la molécule de carbone. A n’en point douter, j’y suis pour quelque chose. En effet, pourquoi suis-je venu au monde dans un univers et à une époque où un élément chimique fait tant couler d’encre et sonner tant d’espèces, car il risque d’anéantir l’humanité et la magnifique biodiversité? C’est sûrement de ma faute tout cela. D’ailleurs, la biologie m’a appris que le corps humain rejette du dioxyde de carbone dans l’atmosphère par un conduit polluant appelé trachée artère, en consommant le rare oxygène de l’air…
Il faudrait certainement taxer mon existence, car cela générerait un « triple-dividende » : (1) je donnerais au Trésor Public tous mes sous pour les nuits passées au coin du feu et les parties de jeux-vidéos ; (2) je donnerais fin à mes jours pour ne pas produire plus de carbone (en respirant et en conduisant mon deux-roues « motorisé »); et enfin (3) j’éviterais de procréer pour que mes 1,8 enfants n’aggravent pas la situation de la planète.
Heureusement qu’il y a des sommets mondiaux pour me rendre compte de l’impact de mon existence sur la « santé de la Terre ».
La santé de la Terre
Je ne veux pas faire de la controverse, dire qu’il existe un complot, ou contester parce que c’est romantique. Je veux juste proposer un autre positionnement, une approche moins anthropocentriste, moins dramatique. Après la prise de Rome par les Wisigoths en 410, tout n’était pas joué pour la civilisation. Essayons juste d’avoir une autre vision du monde que celle proposée par le discours cataclysmique.
Tout cela – la fin d’un cycle climatique – n’est pas si dramatique, non ?
« La santé de la Terre » disais-je. Oui, j’ai entendu dire que certains pensent que la Terre est un être vivant, complexe, et que depuis peu, elle serait malade à cause du virus bipède qui court sur sa surface.
Oui, l’homme est un virus paraît-il. C’est de sa faute si depuis 1850, les flux de carbone vers l’atmosphère ont été multipliés par 12 en un siècle.
Mais prenons un peu de recul, voyageons dans l’espace-temps pour observer ce qui se passe depuis un point éloigné (et pas depuis Bercy ou les sommets du G20) : que nous dit l’histoire des variations climatiques ?
Il ne s’agit pas de refaire tout le détail de l’histoire du climat que nous ont appris les bulles d’air coincées dans les glaces depuis le Pléistocène. Il s’agit plutôt d’ouvrir les yeux sur une réalité physique : les climats changent avec les époques, et les écosystèmes s’en accommodent parfaitement. Mais donnons-en toutefois un aperçu.
Si l’on remonte 400 000 ans en arrière, une glaciation coinçait sous les glaces les régions polaires et une partie des régions tempérées de notre globe. Jusqu’à -350 000, un réchauffement fut suivi d’une nouvelle glaciation vers – 320 000, suivie d’un interglaciaire jusqu’en - 270 000, auquel a succédé une période de réchauffement en – 220 000, etc… La dernière glaciation dite de Würm, la plus célèbre, a eu lieu il y a environ 70 000 ans. Un réchauffement lui a succédé vers – 11 000.
Est-il utile de préciser que c’est vers le début du 10ième millénaire, avec le recul du froid amorcé en Europe, que la forêt, la faune et donc l’habitat de l’homme se sont étendus sur des millions de km² vers le Nord, permettant une colonisation, un habitat durable et le fleurissement de civilisations ?
Plus récemment, depuis l’histoire humaine écrite, des changements climatiques ont été constatés et relevés en tant que tels vers le milieu du 6ième siècle ; la période du 10ième au 15ième siècle a vu un relatif réchauffement climatique constaté en Europe ; et la période qui sépare la seconde moitié du 15ième siècle au milieu du 19ième siècle serait un petit âge glaciaire.
Mais doit-on faire un lien entre le changement de climat sous le règne de Justinien et la chute de l’Empire ? Entre une éclipse solaire et la chute des cours de bourse en 1929 ? ou entre la fonte des glaces et la fin des temps ? De l’aveu même des scientifiques, les phénomènes atmosphériques sont par ailleurs trop complexes pour être modélisés, et un réchauffement sur quelques décennies peut prendre toutes les tournures.
La théorie des équilibres dynamiques
Je me suis longtemps demandé si je ne me trompais pas de combat. Alors que celui-ci fait l’unanimité. Mais je ne dis pas qu’il faut baisser les bras face à l’emprise de l’activité humaine sur la lithosphère, la biosphère, l’atmosphère. Je dis seulement qu’il faut changer d’approche et ne pas dramatiser, et regarder en adulte, sans sentimentalisme ni arrière-pensée messianique, les conséquences de l’activité anthropique sur notre environnement.
En effet, plutôt que de pleurnicher en comparant une photo noir-et-blanc d’un glacier prise au 19ième siècle avec celle prise récemment par un photographe à scandale, penchons nous sur l’idée d’écosystème pour nous fixer une nouvelle idée du changement.
Si la terre est vivante, l’humanité est bien l’espèce qui a réussit avec excellence à dominer son biotope après des millions d’années d’évolution. Mais voilà, domination n’égale pas adaptation. Et si l’homme dégrade son propre environnement géologique, pédologique et atmosphérique, il ne met en péril que son propre avenir. Trêve de sentimentalisme. La terre ne souffre pas. Laissons ce discours aux gourous. Si l’homme détruit son environnement, il sera le seul à en payer le prix, avec les espèces animales et végétales, qui disparaissent à notre époque, malheureux colocataires…
Quand l’homme ne sera plus là, on ne donnera plus de valence positive ou négative au réchauffement climatique ou à la modification des équilibres éco systémiques. Vu du ciel, l’homme ne sera juste plus là. Inadapté, il aura provoqué un glissement vers un autre système naturel.
Les écosystèmes sont en effet des systèmes naturels qui évoluent dans le temps vers des états théoriquement stables. Mais seulement en théorie ! La régression écologique est ce mouvement d’un état plus ou moins stable des relations entre espèces et milieu, vers un état moins stable. Si seulement le réchauffement climatique est le fait de l’homme, on arrive à un état d’équilibre instable, qui sera corrigé par une boucle de rétroaction, avant d’atteindre un état relativement plus stable. Sans l’homme ? ou avec une humanité dont l’être au monde sera le fruit d’une nouvelle adaptation.
Ce n’est pas grave, c’est juste l’enjeu du prochain millénaire pour l’homme. Mais pas pour la Terre. Ne la pleurons pas. Si Darwin a dit vrai, elle nous survivra.
Il faut soulager les présumés coupables
Mais revenons à des choses plus terrestres.
Eh oui. Soulager les coupables de la maladie de la Terre. Mais après avoir abattu sur eux des techniques de culpabilisation dignes de la discipline d’une école maternelle ! Je m’explique. Lorsque j’étais petit et que je faisais une bêtise dans la cour de récréation, on m’expliquait que j’avais fauté et je me disais, en méditant au piquet, que tout compte fait, ma punition était méritée, et que j’avais deux choix : soit recommencer sachant la punition qui m’attend, et qui fait moins peur une fois qu’on y a goûté ; soit ne plus recommencer pour ne plus avoir à payer. Dans tous les cas, j’avais imaginé, grâce à la morale de la maîtresse, le lien entre déviance et sanction.
Retournons à la grande école. Eh bien ce lien entre (sanction et faute) est tout trouvé et c’est une aubaine pour les gouvernements et lois de finances en tous genres: il s’agit du sentimentalisme écologique.
Je n’ai pas le temps de faire la différence entre le Grenelle de l’environnement, les films à scénario catastrophe hollywoodiens, les discours anti-OGM des agriculteurs alternatifs, les enjeux du commerce équitable, le conflit au Darfour et les résultats de formule 1. Tout ça doit bien être lié. Et si le gouvernement discute avec Nicolas Hulot, c’est que ce dernier a bien des révélations importantes à faire. Ah oui.
Et qu’est ce qu’on lit et on entend après cela ? Des mots clés qui font mal : eh oui ; le « carbone ». Le « bilan-carbone ». Carbonisé, ca veut dire noir, mort, sans énergie, trop tard. Donc il vaut mieux se mobiliser avant qu’il soit trop tard et qu’il pleuve du charbon. Oui, payons, et l’on paiera moins plus tard, c’est ce que dit la théorie économique.
Je ne veux pas être le dernier maillon de la chaîne alimentaire fiscale, où l’on me confond avec un agent économique influençable, une variable qui modifie son utilité atomique pour sauver la mer de glace et les bancs de plancton. Je préfère qu’un mendiant me parle de lui et de ses problèmes financiers, plutôt que de ma responsabilité dans sa situation. Agitateur fiscal, oui. La taxe carbone, c’est pour les financiers et les paléo-biologistes, pas pour moi.
Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements
Charles Darwin

